Big Thief à L’Olympia | Lenker l’authentique
Big Thief est abonné à L’Olympia! Après s’y être produit en 2022, puis après la performance de Lenker pour son album en solo Bright Future au même endroit, le dorénavant trio de Brooklyn était de retour dans cette mythique salle montréalaise pour y présenter les titres de sa nouvelle galette, Double Infinity… entre autres, car la setlist était particulièrement variée, laissant place à des chansons du projet parallèle d’Adrianne Lenker, des inédites et ce qu’on appelle des deep cuts. Un concert qui a dû ravir les fans les plus connaisseurs du catalogue de Big Thief.
Il est 20h15. Le trio monte sur scène, accompagné de Joshua Crumbly, bassiste de session remplaçant Max Oleartchik, membre fondateur qui a quitté le groupe en 2024 dans un contexte un peu nébuleux. Les lumières sont fermées, et Adrianne chante d’abord seule à la guitare. Jamais présenté ailleurs, jamais entendu sur scène ou sur album, la New-Yorkaise nous livre pour commencer le morceau Spatchcock Chickenshit Bingo (intitulé de la sorte d’après la setlist), qui laisse probablement entrevoir un nouvel album signé Lenker uniquement. L’ambiance est vaporeuse, on entendrait une mouche voler. Vous voyez, les jaseux dans les spectacles? Eh ben là, ils se la ferment : personne n’oserait parler au-dessus d’Adrianne.
Encore seule à la guitare, accompagnée très calmement par Crumbly à la contrebasse, elle poursuit l’introduction de la soirée avec The Only Place, de l’excellent album Dragon New Warm Mountain I Believe in You. Si Adrianne Lenker écrit magnifiquement bien, c’est aussi une magnifique guitariste, très technique, et elle le prouve avec le début de ce spectacle acoustique tirant particulièrement vers l’americana.
Sur la troisième chanson, Beautiful World, Buck Meek et James Krivchenia embarquent enfin sur l’instrumentation proposée, et du folk, on passe au folk-rock (comme Dylan à Newport). Le concert va en crescendo, chaque chanson semble taper plus fort que la précédente (en termes de volume), puis le groupe culmine sur Vampire Empire et Not, commence à jammer davantage : Krivchenia, discret sur les premiers morceaux, maltraite dès lors les tambours de sa batterie. Rock on!
On pourrait penser que des morceaux de Double Infinity (2025), leur dernier album en date, seraient interprétés en majorité ce soir, car c’est souvent ce qu’il arrive quand un groupe part en tournée après une sortie discographique majeure. Eh non! Sur presque 25 morceaux, Big Thief n’interprète que trois titres de Double Infinity, soit All Night All Day, Incomprehensible et Los Angeles. Et si l’album est plutôt bon, on pourrait tous s’accorder pour dire qu’ils ont déjà fait beaucoup mieux par le passé. Et cela semble être une bonne idée de ne pas se cantonner uniquement à cette sortie récente : tous les albums y passeront, on ne fait pas de jaloux.
Le point fort de ce spectacle, c’est donc sans l’ombre d’un doute son pacing : Big Thief offre des chansons mieux “cachées” parmi leurs succès, mais tout de même connues par ses fans les plus fidèles, comme zombie girl (une chanson solo de Lenker) ou Contact.
Et Big Thief ne cède pas aux modes : pas de Paul, mais surtout pas de Velvet Ring, un morceau propulsé par TikTok. Adrianne Lenker a déjà avoué que cette chanson lui donnait l’impression de mettre un t-shirt trop petit : les mots ne lui semblent plus justes à ses oreilles, elle n’y voit donc pas d’intérêt à les livrer à ses spectacles aujourd’hui, en 2026. Puisque c’était il y a quelques jours, on peut le mentionner : une approche complètement anti-Osheaga! Et le plus beau dans tout ça? Le public s’en fiche complètement d’entendre les morceaux du groupes les plus streamés ou non. Il veut une programme différent, surprenant, un programme qui va le faire voyager à travers les diverses phases créatives du groupe.
En revenant à Osheaga, pour avoir vu Wolf Parade samedi dernier, comment ne pas soupirer en voyant le déroulement du spectacle : quasi aucune attention pour 95% de la performance du groupe, mais dès qu’I’ll Believe in Anything retentit dans les haut-parleurs, une armée de téléphones se lèvent. « Oh. My. God. C’est la chanson d’Heated Rivalry!!! » Si par quelconque hasard Big Thief se retrouvait dans un événement comme Osheaga (très, très, très peu probable), il serait jouissif de voir un public attendre des dizaines de minutes pour LA chanson, seulement pour que Lenker et le reste du groupe ne la joue pas. Encore une fois : Big Thief n’adhère pas particulièrement aux modes.
Si la durée des spectacles d’un bon nombre de groupes de rock indépendants oscille aujourd’hui entre 1h15 et 1h30, Big Thief, lui, joue plus de deux heures. Généreux, ils n’ont pas volé notre argent!
Après Spud Infinity, qui marquait la fin du spectacle, Big Thief revient évidemment sur scène et nous quitte en rappel avec Simulation Swarm (excellent titre), Incomprehensible et Indiana, une vieille chanson.
Un bon spectacle de folk, pas transcendant non plus, mais les plus grands fans montréalais du groupe ont dû prendre beaucoup de plaisir à renouer avec leurs idoles après tout ce temps.
Grille de chansons
- Spatchcock Chickenshit Bingo (inédite)
- The Only Place
- Beautiful World
- God is Good (reprise de Vic Chesnutt)
- 6-7-8-9 She’s Fine (inédite)
- Shoulders
- Shark Smile
- Vampire Empire
- Not
- Mary
- Real Love
- Christmas Day
- Real House
- Casual Touch
- Dragon New Warm Mountain I Believe in You
- Contact
- All Night All Day
- Los Angeles
- zombie girl
- Spud Infinity
Rappel
- Simulation Swarm
- Incomprehensible
- Indiana
Photos en vrac
- Artiste(s)
- Adrianne Lenker, Big Thief, Buck Meek, Buck Meek (de Big Thief)
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- L'Olympia
- Catégorie(s)
- Alternatif, Americana, Folk, Indie Rock, Rock,
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